"Ouvre ton parachute. C'est maintenant ou jamais", te dit la petite voix dans ta tête, celle qu'on appelle conscience. Ou peut-être, instinct de survie? Peu importe, tu fais taire cette voix dérangeante. Quelque chose grandit en toi, au fur et à mesure que la chute libre s'accélère. Cet étrange sentiment de puissance qui crève ta poitrine. Tes jambes battent dans le vide, inutilement. Tes bras sont écartés de ton corps, dans une position d'envol. Mais l'oiseau aux ailes brisées dégringole inévitablement vers l'asphalte. Tu sais que tu vas mourir. Les connexions complexes de ton cerveau ont transmis l'information à tes membres, à tes sens: "tu vas mourir". Maintenant que tu en es consciente, ton coeur bat la chamade. Tu sens les pulsations du sang qui afflue dans tes tempes. Le bruit de ce battement sourd résonne dans tout ton crâne. Mais ce n'est pas de la panique. Non, c'est le goût sucré d'une délicieuse victoire, le parfum musqué de la plénitude. Tu te sens vivre. Plus que jamais. Drôle d'ironie, n'est-ce pas, que d'apprécier pleinement la vie au moment où tu vas la quitter? Une poignée de secondes de plus et la loi de la gravité fera de ton existance un vague souvenir. Il ne restera plus de toi que des cendres dans une putain de boîte. Les mots "deuil", "cercueil", "cadavre", et "morgue", tourbillonnent dans ton esprit. Qu'ils sont cruels, ces mots, et désagréables. L'espace d'un instant, tu vois ce que sera ta mort. Un trou, le néant, plus rien. Et les autres continueront de vivre, le temps reprendra son cours, tu seras oubliée. Effacée. L'horreur de cette constatation remplace la plénitude, et le doute torture ton esprit. Mais il est trop tard pour reculer, à présent. Plus que dix secondes avant le point de non retour. Plus que cinq secondes avant l'impact. Plus que trois secondes avant la fin. Plus que deux secondes... Plus rien.